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	<title>Yannis Lehu&#233;d&#233;</title>
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		<title>Yannis Lehu&#233;d&#233;</title>
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		<title>Les jolies colonies de la France&#8230;</title>
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		<dc:creator>Michel Sitbon</dc:creator>


		<dc:subject>Fran&#231;ois Hollande</dc:subject>
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&lt;p&gt;Andr&#233; Chasseigne, d&#233;put&#233; communiste, est mont&#233; &#224; la tribune pour rappeler ses quatre v&#233;rit&#233;s &#224; la Fran&#231;afrique : voil&#224; la cinquanti&#232;me intervention militaire en cinquante ans de &#034;d&#233;colonisation&#034;&#8230; &#034;Assez de ces discours moralisateurs !&#034; lui r&#233;pondra le socialiste Olivier V&#233;ran&#8230; C'est vrai que la morale a peu &#224; voir avec la politique fran&#231;aise en Afrique&#8230; &#199;a, on l'avait compris. Et c'est aussi vrai qu'au Parti socialiste, cela fait bien longtemps qu'on a renonc&#233; &#224; toute &#034;morale&#034; pour se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.yannis.lehuede.org/+-bangui-+.html" rel="tag"&gt;Bangui&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Andr&#233; Chasseigne, d&#233;put&#233; communiste, est mont&#233; &#224; la tribune pour rappeler ses quatre v&#233;rit&#233;s &#224; la Fran&#231;afrique : voil&#224; la cinquanti&#232;me intervention militaire en cinquante ans de &#034;d&#233;colonisation&#034;&#8230; &lt;i&gt;&#034;Assez de ces discours moralisateurs !&#034;&lt;/i&gt; lui r&#233;pondra le socialiste Olivier V&#233;ran&#8230; C'est vrai que la morale a peu &#224; voir avec la politique fran&#231;aise en Afrique&#8230; &#199;a, on l'avait compris. Et c'est aussi vrai qu'au Parti socialiste, cela fait bien longtemps qu'on a renonc&#233; &#224; toute &#034;morale&#034; pour se vautrer dans l'abjection colonialiste avec d&#233;lectation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On excusera la r&#233;daction de &lt;i&gt;Paris s'&#233;veille&lt;/i&gt; qui n'aura eu le temps de r&#233;ouvrir le dossier centrafricain pour exposer les subtilit&#233;s de l'actuelle guerre civile. Nous reproduisons ci-dessous d'anciens articles qui exposent par contre le plus en d&#233;tail possible l'histoire de cette &#034;colonie&#034; embl&#233;matique, arch&#233;type parfait de ce qu'on appelle Fran&#231;afrique, &#224; tel point qu'il ne serait pas absurde de rebaptiser ce pays si mal nomm&#233; ainsi. L'Oubangui-Chari, ainsi que s'appelait cette subdivision coloniale jadis, deviendrait ainsi au XXI&#232;me si&#232;cle la R&#233;publique fran&#231;africaine, et les choses gagneraient au moins en clart&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura peu suivi le dossier centrafricain, tout occup&#233;s qu'on &#233;tait &#224; tenter de d&#233;chiffrer les man&#339;uvres n&#233;ocoloniales &#224; l'est du Congo, tout au long de l'&#233;t&#233; &lt;i&gt;[Voir le travail accompli &#224; ce sujet sur le site de &lt;a href='https://www.yannis.lehuede.org/lagencedinformation.com'&gt;l'Agence d'information&lt;/a&gt;]&lt;/i&gt;, mais on aura vu au passage comment depuis des mois la France bloquait toute initiative du Conseil de s&#233;curit&#233;, de m&#234;me que le fran&#231;ais chef des Forces de maintien de la paix de l'ONU, Herv&#233; Ladsous, faisait mine de regarder ailleurs, alors que la situation d&#233;g&#233;n&#233;rait &#224; vue d'&#339;il au Centrafrique. Les protestations de Mathew Lee, le journaliste citoyen qui fait le si&#232;ge des conf&#233;rences de presse de l'ONU, ne serviront &#224; rien. Le plus froid des monstres froid restera de marbre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'attendait donc la diplomatie fran&#231;aise ? Eh bien, c'est relativement transparent : la m&#234;me chose que l'ann&#233;e derni&#232;re au Mali. Que la situation d&#233;g&#233;n&#232;re assez pour que la l&#233;gitimit&#233; d'une intervention ne puisse pas &#234;tre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant laiss&#233; le massacre se d&#233;velopper, l'ayant en fait nourri, entretenu, provoqu&#233; en sous main, par les mille canaux des politiques barbouzardes, l&#224; comme hier en C&#244;te d'Ivoire, en Angola ou partout, le Hollande a beau jeu de d&#233;barquer &#224; la derni&#232;re minute et de prendre son intonation la plus grave pour dire sobrement qu'il est venu pour emp&#234;cher le massacre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est la m&#234;me farce qui continue. On ne se donne m&#234;me pas la peine de nous expliquer pourquoi les troupes d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, &#224; l'ann&#233;e, depuis des d&#233;cennies, sur ce &#034;porte-avions&#034; des forces sp&#233;ciales coloniales, ne sont pas intervenues plus t&#244;t&#8230; Cela aurait pu co&#251;ter moins cher au contribuable&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais non, ce n'est certes pas l&#224; l'objectif, puisqu'au contraire toute la &#034;strat&#233;gie&#034; du camarade Hollande consiste &#224; agiter aussi souvent que possible le hochet militaire pour faire passer la pillule de l'effroyable budget que promet la loi de programmation militaire qu'il va faire voter au Parlement pour les cinq prochaines ann&#233;es. Un budget maintenu au plus haut, conforme &#224; ce qu'avait annonc&#233; Sarkozy en faisant adopter la pr&#233;c&#233;dente loi de programmation, en 2009, et dans les deux cas, en 2009 comme en 2013, particuli&#232;rement scandaleux quand on sait qu'&#224; lui seul il constitue le suicide &#233;conomique d'un pays qui cherche d&#233;sesp&#233;r&#233;ment la voie de sortie d'une crise dont on ne lui laisse aucune chance de se sortir avec ces politiques inconscientes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que se passe-t-il au Centrafrique aujourd'hui ? Rien d'autre qu'une savante mise en sc&#232;ne pour justifier des budgets militaires qu'il faudrait sabrer d'urgence si on avait le moindre bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux qui ne l'auront pas compris, depuis le coup d'&#233;tat militaire du 13 mai 1958, la France est un Etat militaire. C'est bien pour &#231;a qu'on dispose des meilleures troupes combattantes du monde, de la meilleure &#233;cole de pens&#233;e strat&#233;gique, des avions les plus performants, des sous-marins nucl&#233;aires et de la bombe atomique qui s'appuient sur la nucl&#233;arisation quasi int&#233;grale de notre &#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; aussi qu'&#224; la mort du moindre soldat, le pays entier verse une larme, m&#234;me quand ceux-ci font partie de troupes d'&#233;lites o&#249; l'on tue bien plus souvent qu'on ne meurt. C'est l&#224; aussi que les foules agitent le drapeau au moindre match de foot et que Paris n'a pas besoin d'occasion sp&#233;ciales pour arborer des drapeaux tricolores &#224; tous ses carrefours et les grands jours sur tous ses autobus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours le pays du sabre et du goupillon, on n'aura pas trop os&#233; rouler des m&#233;caniques, toutefois, en Syrie, o&#249; la papaut&#233; pr&#233;f&#233;rait sauver la mise au sanglant Assad, grand massacreur de peuple, mais soi-disant d&#233;fenseur de la chr&#233;tient&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, cette arm&#233;e qui co&#251;te si cher ne sert le plus g&#233;n&#233;ralement &#224; rien d'utile, mais doit p&#233;riodiquement faire mine de servir &#224; quelque chose, ce en quoi Hollande excelle. Et Chirac a d&#233;cid&#233;ment bien raison de trouver que nous avons l&#224; un excellent Pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paris s'&#233;veille&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS Ne pas manquer, derri&#232;re la retranscription int&#233;grale de l'intervention d'Andr&#233; Chasseigne, &lt;i&gt;Le temps b&#233;ni des colonies&lt;/i&gt;, un article extrait de nos archives, qui refait l'historique des relations franco-centrafricaines, o&#249; l'on voit combien ce pays aura subi de plein fouet le choc colonial &#224; toutes &#233;poques, contin&#251;ment, y compris par-del&#224; la dite d&#233;colonisation. Ne faudrait-il profiter de l'actuelle intervention pour installer un mus&#233;e du colonialisme, dans la capitale de ce pays o&#249; colonialisme et n&#233;o-colonialisme auront &#233;t&#233; pouss&#233;s jusqu'&#224; leur propre caricature, &#224; Bangui ? Et puis, s'il fallait r&#233;tablir le droit, ne serait-il temps de livrer Paul Baril, incrimin&#233; par la cour de cassation de Bangui qui, le 11 avril 2006, demandait que celui-ci soit d&#233;f&#233;r&#233; devant la Cour p&#233;nale internationale, consid&#233;rant la faiblesse de ses moyens ? [Voir &#224; ce propos, &#224; la suite, cet autre article extrait de nos archives, &lt;i&gt;Que se passe-t-il au Centrafrique ?&lt;/i&gt; o&#249; l'on apprend comment &lt;i&gt;Paul Barril (aura &#233;t&#233;) incrimin&#233; pour crimes contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt;.] R&#233;tablir le droit, ce serait donner &#224; la justice centrafricaine les moyens de faire son travail. Et permettre que soient poursuivis les responsables des crimes coloniaux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Monsieur le pr&#233;sident, monsieur le Premier ministre, madame et messieurs les ministres, chers coll&#232;gues, c'est avec &#233;motion que je m'associe, au nom de mon groupe, &#224; l'hommage unanime rendu aux soldats morts en Centrafrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un an &#224; peine apr&#232;s l'engagement de la France au Mali, notre pays se lance dans une nouvelle op&#233;ration sur le continent africain. Apr&#232;s l'op&#233;ration Serval qui devait s'achever en juillet dernier, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique vient de d&#233;clencher l'op&#233;ration Sangaris qui se traduit par le d&#233;ploiement de 1 600 soldats fran&#231;ais. Il s'agit de la cinquanti&#232;me intervention fran&#231;aise en Afrique subsaharienne depuis les ind&#233;pendances d'il y a cinquante ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intervention en Centrafrique s'inscrit dans une longue lign&#233;e d'op&#233;rations men&#233;es par les troupes fran&#231;aises dans cette colonie, ind&#233;pendante officiellement depuis 1960, en proie &#224; la pauvret&#233;, &#224; l'instabilit&#233; et aux conflits. Autant d'interventions qui n'ont jamais permis de r&#233;pondre aux maux qui gangr&#232;nent la Centrafrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Centrafrique, si elle n'est pas d&#233;nu&#233;e de ressources naturelles, est class&#233;e parmi les &#201;tats les plus pauvres de la plan&#232;te, occupant la 171e place sur 177 selon le classement de l'indicateur de d&#233;veloppement humain du programme des Nations unies pour le d&#233;veloppement. La France y est le premier investisseur. Il est impossible, d&#232;s lors, de prendre part &#224; ce d&#233;bat sur l'engagement des troupes fran&#231;aises en Centrafrique sans ouvrir le dossier de la Fran&#231;afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les dix ans ou presque, un pr&#233;sident de la R&#233;publique centrafricaine chasse l'autre par un coup d'&#201;tat, derri&#232;re lequel la France n'est jamais tr&#232;s loin. Le peuple centrafricain a ainsi vu d&#233;filer des personnages insensibles &#224; son sort, aussi corrompus qu'irresponsables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Bertrand Pancher&lt;/strong&gt;. Eh oui !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Les uns apr&#232;s les autres, les dictateurs ont &#233;t&#233; choisis et maintenus, au gr&#233; de &#171; nos int&#233;r&#234;ts &#187;, mais aussi pour prot&#233;ger des bases militaires fran&#231;aises dans ce pays consid&#233;r&#233; comme un porte-avions au centre de l'Afrique, utilis&#233; lors des nombreuses interventions militaires dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France n'est pas &#233;trang&#232;re &#224; la situation chaotique que conna&#238;t ce pays. Elle porte une responsabilit&#233; historique dans la trag&#233;die centrafricaine. Elle n'est donc pas la plus qualifi&#233;e pour intervenir. C'est un param&#232;tre que nous ne pouvons ignorer m&#234;me si, je le dis clairement, il n'est pas question de tergiverser pour la protection des populations civiles, premi&#232;res victimes des violences sanglantes qui d&#233;chirent ce pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M. le ministre des affaires &#233;trang&#232;res a d&#233;clar&#233;, face &#224; la communaut&#233; fran&#231;aise de Bangui le 13 octobre dernier : &lt;i&gt;&#171; Sachez que l'amiti&#233; traditionnelle qu'a port&#233;e la France &#224; la Centrafrique, nous voulons la manifester de nouveau pour aujourd'hui et pour demain &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, notre histoire commune est marqu&#233;e par de sombres affaires. Nous gardons en m&#233;moire le pitoyable sacre de l'ancien sous-officier de l'arm&#233;e fran&#231;aise devenu l'empereur Bokassa 1er en pr&#233;sence de la diplomatie fran&#231;aise. Malgr&#233; ce soutien, le pr&#233;sident Val&#233;ry Giscard d'Estaing a d&#233;cid&#233; de d&#233;barquer son ancien ami devenu trop encombrant, incontr&#244;lable, qui mena&#231;ait nos int&#233;r&#234;ts, pour r&#233;installer au pouvoir le pr&#233;sident David Dacko, pour ensuite favoriser la dictature du g&#233;n&#233;ral Kolingba. Il sera remplac&#233; par le dictateur Ange-F&#233;lix Patass&#233; qui sera, quant &#224; lui, chass&#233; du pouvoir en mars 2003 par le g&#233;n&#233;ral Boziz&#233;. Un jeu de chaises musicales orchestr&#233; par l'ancienne puissance coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2007, face &#224; la multiplication des mouvements rebelles sous influence soudanaise et tchadienne, les parachutistes fran&#231;ais sautent sur Birao, dans le nord de la R&#233;publique centrafricaine. C'est de ce nord musulman qu'est venue, en d&#233;cembre 2012, l'offensive des rebelles de la S&#233;l&#233;ka qui, le 24 mars dernier, porta au pouvoir Michel Djotodia. Dans un r&#233;flexe h&#233;rit&#233; de l'histoire, le pr&#233;sident Boziz&#233; a vainement appel&#233; &#224; l'aide la France avant de prendre la fuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que l'actuel pr&#233;sident centrafricain est arriv&#233; au pouvoir avec le soutien des rebelles de la S&#233;l&#233;ka, qui sont devenus ses propres ennemis, Michel Djotodia qui en a appel&#233; &#224; la France apr&#232;s avoir dissous la coalition rebelle de la S&#233;l&#233;ka.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, au regard de notre histoire en Centrafrique, on peut l&#233;gitimement s'interroger sur les diff&#233;rentes motivations d'une nouvelle intervention dans l'ancienne colonie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. Vous m&#233;langez tout !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. L'ordre du jour r&#233;el du Sommet pour la paix et la s&#233;curit&#233; en Afrique qui s'est tenu &#224; Paris il y a quelques jours &#233;tait clair : avant de parler de paix et de s&#233;curit&#233;, Paris et ses alli&#233;s du continent africain se sont int&#233;ress&#233;s &#224; leurs pr&#233;occupations &#233;conomiques et financi&#232;res. Ce sommet &#233;tait avant tout une offensive diplomatique pour la sauvegarde des int&#233;r&#234;ts de la France en Afrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. Caricature !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Riche de ses ressources naturelles &#8211; mines d'or, de diamants, de mercure, d'uranium, de fer, mais aussi culture de manioc, de bananes, de ma&#239;s, de caf&#233;, de tabac, de coton, de canne &#224; sucre, une for&#234;t de 3,8 millions d'hectares aux essences pr&#233;cieuses &#8211; la R&#233;publique centrafricaine suscite l'int&#233;r&#234;t du monde des affaires et du monde politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, ce n'est pas de cet int&#233;r&#234;t dont le peuple centrafricain a besoin. Le peuple centrafricain a besoin que nous l'aidions &#224; profiter pleinement de ses richesses et que nous l'aidions &#224; mettre fin &#224; la situation de confiscation du pouvoir politique et &#233;conomique aux mains de quelques-uns. Car, les germes de la crise actuelle sont aussi d'essence &#233;conomique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le peuple centrafricain a besoin du soutien de la communaut&#233; internationale pour que cessent les massacres qui se multiplient, alors que les affrontements entre les milices S&#233;l&#233;ka et anti-balaka terrorisent la population civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terreur et la mis&#232;re ont d&#233;j&#224; pouss&#233; un demi-million de r&#233;fugi&#233;s dans des camps de fortune. Aussi, je le redis, il n'est pas question de tergiverser pour la protection des populations civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Avi Assouly&lt;/strong&gt;. Eh bien alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Pour autant, il convient d'agir avec discernement pour ne pas reproduire les erreurs du pass&#233;. C'est pourquoi, dans les circonstances que je viens d'&#233;voquer, il revient aux Africains et &#224; toute la communaut&#233; internationale d'aider ce peuple en danger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. C'est ce qu'on a dit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Or derri&#232;re l'unanimit&#233; de la r&#233;solution onusienne autorisant le recours &#224; la force, la r&#233;action internationale est en r&#233;alit&#233; d'inspiration franco-fran&#231;aise et sa teneur est purement militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Jean-Paul Bacquet&lt;/strong&gt;. C'est faux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. En effet, le texte, adopt&#233; par les quinze pays membres du Conseil sur proposition de la France, autorise les soldats fran&#231;ais en Centrafrique &#224; &#8211; je cite &#8211; &lt;i&gt;&#171; prendre toutes les mesures n&#233;cessaires pour soutenir la MISCA dans l'accomplissement de son mandat &#187;&lt;/i&gt;. Dans ce cadre, la France va tripler son contingent sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Afrique demeure donc un terrain d'actions militaires pour la France, ce qui fait d'ailleurs regretter &#224; Amnesty international et &#224; la F&#233;d&#233;ration internationale des ligues des droits de l'Homme l'absence de mise en place plus rapide d'une v&#233;ritable force de maintien de la paix des Nations unies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. Vous m&#233;langez tout ! On ne comprend rien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Vous l'avez compris, nous avons, pour qualifier le sentiment qui nous anime, un r&#233;el malaise face &#224; cette intervention. Nous pensons, en effet, que la France n'a pas vocation &#224; jouer le r&#244;le de gendarme de l'Afrique. Les valeurs anticoloniales, toujours d&#233;fendues par les communistes, nous l'interdisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Jean-Paul Bacquet&lt;/strong&gt;. C'est s&#251;r !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Ces valeurs de solidarit&#233; doivent, au contraire, nous pousser &#224; mettre sur pied un partenariat &#233;quitable et durable, un syst&#232;me d'aide au d&#233;veloppement plus efficace, plus proche des populations. Ces valeurs nous obligent &#233;galement &#224; rompre d&#233;finitivement avec la Fran&#231;afrique et &#224; encourager les d&#233;mocrates africains et les diasporas militantes, pour faire tomber les honteuses tyrannies africaines qui n'ont que faire des peuples qui ne cessent de s'appauvrir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. D&#233;magogie !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Ces dictatures pr&#233;f&#232;rent d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des firmes priv&#233;es, tentaculaires, exploitant aujourd'hui 80 % des gigantesques gisements africains, et dont les b&#233;n&#233;fices sont rapatri&#233;s dans des paradis fiscaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre pays a une dette morale consid&#233;rable envers le peuple de Centrafrique, une dette qui nous oblige &#224; reconna&#238;tre que nous n'&#233;tions pas les mieux &#224; m&#234;me pour intervenir dans la situation dramatique qui le frappe. Oui, nous sommes favorables au recours &#224; une force d'interposition sous l'&#233;gide de l'ONU, mais une force qui soit multilat&#233;rale. Cela suppose que la France ne soit pas la seule &#224; &#234;tre impliqu&#233;e, sur le terrain, aux c&#244;t&#233;s de la MISCA. C'est la communaut&#233; internationale, dans son ensemble, qui doit &#234;tre mobilis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Guy Geoffroy&lt;/strong&gt;. Tr&#232;s bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. Ce discours, c'est un vrai d&#233;lire !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Cette force doit avoir pour mission de cr&#233;er les conditions d'un cessez-le-feu, d'un secours organis&#233; aux populations en d&#233;tresse et d'ouvrir la voie &#224; l'&#201;tat de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mme Claude Greff&lt;/strong&gt;. Tr&#232;s bien !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. Elle ne le pourra que si elle ne peut &#234;tre soup&#231;onn&#233;e d'agir au nom d'int&#233;r&#234;ts &#224; pr&#233;server dans une ancienne colonie. C'est en lanceur d'alerte&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Fran&#231;ois Loncle&lt;/strong&gt;. D'alerte rouge ! (Sourires.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. &#8230;que je m'adresse aujourd'hui &#224; vous : les interventions militaires fran&#231;aises vont &#224; contre-courant de l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mme Claude Greff&lt;/strong&gt;. La France n'a pas les moyens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Andr&#233; Chassaigne&lt;/strong&gt;. La mission de la France, c'est de d&#233;fendre la stabilit&#233; et la paix des peuples en Afrique. Notre pays n'a pas vocation &#224; d&#233;fendre des dictatures et des &#201;tats artificiels. La mission de la France, pour &#234;tre en harmonie avec ses valeurs et ses id&#233;aux des Lumi&#232;res, n'est pas d'&#234;tre le gendarme de l'Afrique, elle est de remiser les visions g&#233;ostrat&#233;giques n&#233;es du temps de la colonisation pour en &#233;crire d'autres, respectueuses des peuples, de leurs richesses et de leur souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes chers coll&#232;gues, c'est ainsi que la France se grandira ! (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M. Olivier V&#233;ran&lt;/strong&gt;. Assez de ces discours moralisateurs !&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Archives&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au centre de l'Afrique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le temps b&#233;ni des colonies&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus d'un si&#232;cle de cochonneries. Les jolies colonies de la France en Afrique n'&#233;taient pas toujours des jardins de roses. Particuli&#232;rement dans le territoire de l'Afrique &#233;quatoriale fran&#231;aise, la barbarie sanglante telle qu'elle avait libre cours dans le Congo voisin du roi des belges L&#233;opold II. Joseph Conrad en t&#233;moignait dans &lt;i&gt;Au c&#339;ur des t&#233;n&#232;bres&lt;/i&gt;. Andr&#233; Gide et Albert Londres d&#233;couvriront &#224; leur tour la cruaut&#233; de l'administration coloniale, pas si d&#233;bonnaire que le pr&#233;tendaient les hommes de la III&#232;me R&#233;publique. De l'empire &#224; l'ind&#233;pendance, De Gaulle aura trac&#233; la voie pour que le crime continue. Et il continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;petite chronologie&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;26 juin 1889&lt;/strong&gt;, fondation de Bangui &#8211; et de la colonie fran&#231;aise qui sera stabilis&#233;e, en ao&#251;t 1894, par la fixation de la fronti&#232;re avec le Congo de L&#233;opold, et en 1899, avec les Anglais au Soudan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s &lt;strong&gt;1879&lt;/strong&gt;, Rabah s'&#233;tait d&#233;solidaris&#233; du sultan Suleyman, successeur de son p&#232;re arr&#234;t&#233; par les Anglais au Caire. Suleyman acceptait de se soumettre. Rabah, non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1882&lt;/strong&gt;, Rabah installait sa capitale, aux sources du Gribingui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1890&lt;/strong&gt;, il &#233;tend son influence en faisant d&#233;poser un sultan au b&#233;n&#233;fice de son neveu, Mohammed el Senoussi. Les &lt;i&gt;&#171; s&#233;noussites &#187;&lt;/i&gt; donneront longtemps du fil &#224; retordre aux missions fran&#231;aises qui peinaient &#224; installer des postes dans ce quasiment inaccessible &lt;i&gt;&#171; centre de l'Afrique &#187;&lt;/i&gt; qu'on appellera l'Oubangui-Chari.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra envoyer pas moins de deux &lt;i&gt;&#171; missions &#187;&lt;/i&gt;, ainsi qu'on d&#233;signait pudiquement les colonnes militaires, convergeant simultan&#233;ment d'Alger et de Saint-Louis du S&#233;n&#233;gal, pour renforcer celle d&#233;j&#224; install&#233;e &#224; Bangui, et enfin vaincre Rabah, le 22 avril &lt;strong&gt;1900&lt;/strong&gt;. Son empire ne lui survivra pas. Ce sera le v&#233;ritable d&#233;but de la colonisation fran&#231;aise dans cette partie du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s &lt;strong&gt;1902&lt;/strong&gt;, &#233;clatent les premi&#232;res insurrections contre la taxe de portage : les &lt;i&gt;&#171; indig&#232;nes &#187;&lt;/i&gt; semblaient mal accepter qu'on les r&#233;quisitionne comme des animaux au bon vouloir des administrateurs, pour leur servir, entre autre, de chaise &#224; porteur &#8211; ou pour des t&#226;ches bien plus rudes auxquelles on ne survivait pas toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la m&#234;me &#233;poque le nouvel empire de l'Afrique &#233;quatoriale fran&#231;aise qui s'&#233;tendait du Gabon au Tchad se confrontait toujours &#224; l'opposition soudanaise d'El-S&#233;noussi, qui en &lt;strong&gt;1910&lt;/strong&gt; faisait la reconqu&#234;te d'une ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1911&lt;/strong&gt;, El-Senoussi est victime d'une ex&#233;cution sommaire, par un lieutenant Gr&#252;ndfelder qui &#233;tait parvenu &#224; proc&#233;der &#224; son &lt;i&gt;&#171; arrestation &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En rapport &#233;ventuel avec la consonance germanique du nom de l'assassin d'El-S&#233;noussi, quelques mois plus tard l'ouest du territoire de l'actuelle R&#233;publique centrafricaine est amicalement conc&#233;d&#233; &#224; l'Allemagne pour former le Neu Kameroun. Geste amical qui ne semble pas avoir emp&#234;ch&#233; la guerre de 14, d&#232;s le d&#233;but de laquelle la France reprendra son &#171; cadeau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1925&lt;/strong&gt; est &#224; signaler l'arriv&#233;e d'un t&#233;moin non n&#233;gligeable, celui qu'on appellera dans la foul&#233;e le &lt;i&gt;&#171; contemporain capital &#187;&lt;/i&gt;, Andr&#233; Gide. Il restera plus d'un an &#224; sillonner la r&#233;gion, entre Bangui et N'djamena-Fort Lamy, sur les territoire du Tchad et de l'actuelle Centrafrique. L'exp&#233;rience directe de l'escroquerie coloniale bouleversera le fondateur de la Nrf : &lt;i&gt;&#171; D&#233;sormais une immense plainte m'habite ; je sais des choses dont je ne puis pas prendre mon parti. Quel d&#233;mon m'a pouss&#233; en Afrique ? Qu'allais-je donc chercher dans ce pays ? J'&#233;tais tranquille. &#192; pr&#233;sent je sais : je dois parler. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas abusif de dater de ce jour l'apparition d'une critique structur&#233;e du colonialisme. La d&#233;nonciation de ce scandale par Gide fera plus que du bruit. En novembre &lt;strong&gt;1927&lt;/strong&gt;, elle provoquera un d&#233;bat &#224; la Chambre des d&#233;put&#233;s &#8211; apr&#232;s la parution de son premier livre sur le sujet, &lt;i&gt;Voyage au Congo&lt;/i&gt;. Puis &lt;i&gt;Retour du Tchad&lt;/i&gt;, en &lt;strong&gt;1928&lt;/strong&gt;. Livre que Philippe Soupault saluait ainsi : &lt;i&gt;&#171; Il faut donc que ce livre soit lu et m&#233;dit&#233; par ceux qui estiment que la libert&#233; n'est pas un mot et qui, en leur &#226;me et conscience, refusent de se d&#233;sint&#233;resser de ce qui est humain. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce voyage au centre de l'Afrique date la conversion de Gide &#224; la passion politique qui, les ann&#233;es suivantes, le jettera dans les bras du Parti communiste jusqu'&#224; son autre &lt;i&gt;&#171; Retour &#187;&lt;/i&gt;, d'Urss cette fois, qui provoquera &#224; l'inverse son d&#233;sengagement politique. D&#233;sengagement qui le conduira &#224; la r&#233;signation totale, sous l'Occupation, quand le &lt;i&gt;&#171; contemporain capital &#187;&lt;/i&gt; th&#233;orisera qu'il suffisait de ne pas se mouvoir au milieu de sa cage pour n'en point sentir les barreaux&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble que cette derni&#232;re pens&#233;e ait &#233;t&#233; bien comprise de la conscience d'une grande part de la gauche fran&#231;aise qui laisse encore aujourd'hui le monopole de la critique anti-coloniale &#224; une poign&#233;e de citoyens pour la plupart group&#233;s autour de l'association Survie &#8211; pas bien nombreux. Quatre-vingt ans apr&#232;s le voyage de Gide, si Claude Yabanda &#8211; longtemps militant parmi les Verts parisiens, faut-il le souligner &#8211; n'y avait &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; [le 29 avril 2006, lib&#233;r&#233; en octobre suivant] entendrait-on parler du Centrafrique ? M&#234;me &#224; Survie, on oublie ce &#171; petit &#187; pays coinc&#233; entre le Tchad et le Cameroun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'avait vu Gide ? Entre autres, &lt;i&gt;&#171; l'inqui&#233;tante mortalit&#233; parmi les indig&#232;nes r&#233;quisitionn&#233;s pour le chemin de fer de Brazzaville &#224; Pointe-Noire &#187;&lt;/i&gt;. Il croyait n&#233;anmoins pouvoir se f&#233;liciter, en annexe de son livre, de l'envoi par le ministre des colonies d'une commission d'enqu&#234;te, t&#233;moignant &lt;i&gt;&#171; d'un z&#232;le humanitaire efficace qui ne se payait pas de mots &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1929&lt;/strong&gt;, c'est au tour d'Albert Londres, lui aussi au sommet de sa gloire, de d&#233;noncer, dans &lt;i&gt;Terre d'&#233;b&#232;ne&lt;/i&gt;, ce qui ne s'appelait pas encore Fran&#231;afrique. Parti pour un s&#233;jour de quatre mois sur les traces de Gide, il &#233;tait justement l&#224; lorsqu'arrive la dite &lt;i&gt;&#171; commission d'enqu&#234;te &#187;&lt;/i&gt; envoy&#233;e par le minist&#232;re :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Vous veniez sur la foi des m&#233;chants qui pr&#233;tendaient que les n&#232;gres mouraient sur les chantiers des &#171; Batignolles &#187; ? On allait vous montrer comment on les traitait. Le jour o&#249; vous d&#233;barquiez &#224; Pointe-Noire, des d&#233;tachements mod&#232;les se formaient &#224; Brazzaville. En m&#234;me temps, les chefs de chantier du Mayombe cachaient les malingres dans la for&#234;t [...]. Chacun fut rev&#234;tu d'un costume kaki que, depuis huit jours, on confectionnait en h&#226;te. On leur donna une couverture d'un kilo cinq cents grammes, une musette garnie d'une assiette, d'une cuiller, d'un paquet de th&#233; ! Puis un savon et une serviette. [...] &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus s&#233;rieusement, le fameux journaliste constatait que la construction de ce chemin de fer, confi&#233; &#224; &lt;i&gt;&#171; Batignolles &#187;&lt;/i&gt;, une entreprise de BTP encore fameuse de nos jours [SPIE-Batignolles], aurait &lt;i&gt;&#171; co&#251;t&#233; un homme par traverse &#187; &#171; D'Ouesso, cent soixante quatorze hommes furent mis en route. Quatre-vingt arriv&#232;rent &#224; Brazzaville, soixante-neuf sur le chantier. Trois mois apr&#232;s, il en restait trente-six. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il estimait qu'&lt;i&gt;&#171; entre octobre 1926 et d&#233;cembre 1927, trente mille Noirs avaient travers&#233; Brazzaville &#8220;pour la machine&#8221; et que l'on n'en rencontrait que mille sept cents entre le fleuve et l'oc&#233;an ! &#187;&lt;/i&gt; Un chantre moderne du &#171; temps b&#233;ni des colonies &#187;, Gilbert Comte, estimait prudemment &#224; dix-huit mille, les morts de ce chantier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Albert Londres avait aussi &#233;tait terrifi&#233; par les conditions de travail des exploitations foresti&#232;res &#8211; en particulier du caoutchouc, &lt;i&gt;&#171; qui fit p&#233;rir pr&#232;s de la moiti&#233; de la population, entre 1890 et 1940 &#187;&lt;/i&gt;, rappelle Francis Laloupo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a quatre-vingt ans, le grand bruit de la voix du &#171; contemporain capital &#187;, renforc&#233;e &lt;br class='autobr' /&gt;
de celui du non moins fameux prince du journalisme, n'emp&#234;chera certainement pas que &lt;i&gt;&#171; le crime continue &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1928&lt;/strong&gt;, Karinou, qui avait d&#233;clench&#233; un soul&#232;vement g&#233;n&#233;ral contre le r&#233;gime colonial, &#233;tait massacr&#233; et, en &lt;strong&gt;1929&lt;/strong&gt;, c'&#233;tait le tour d'un leader historique de la r&#233;sistance, B&#233;randjoko, combattant la colonisation depuis 1906.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre de Kongo-Wara qui avait soulev&#233; les espoirs du peuple durera jusqu'en &lt;strong&gt;1932&lt;/strong&gt;, mais Andr&#233; Gide comme Albert Londres avaient chang&#233; de pr&#233;occupation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;40&lt;/strong&gt;, c'est cette m&#234;me Afrique &#233;quatoriale fran&#231;aise o&#249; F&#233;lix Ebou&#233;, le gouverneur du Tchad &#8211; noir de Guyane &#8211;, offrira sa premi&#232;re base &#224; la France libre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier &lt;strong&gt;1944&lt;/strong&gt;, avant d'achever l'entreprise de &#171; lib&#233;ration &#187;, &#224; l'heure o&#249; tous les territoires d'Outre-mer &#8211; &#224; l'exception &#171; momentan&#233;e &#187; de l'Indochine &#8211; avaient suivi l'exemple de ce morceau d'Afrique, de Gaulle reviendra, &#224; Brazzaville, pour participer &#224; une &lt;i&gt;&#171; conf&#233;rence sur l'avenir de l'empire &#187;&lt;/i&gt;, o&#249; il semblera promettre la fin du scandale d&#233;nonc&#233; par Gide et Albert Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques temps plus t&#244;t, en &lt;strong&gt;1941&lt;/strong&gt;, Churchill et Roosevelt avaient promulgu&#233; la &lt;i&gt;Charte de l'Atlantique&lt;/i&gt;, garantissant &#224; tous les peuples coloniaux qu'ils seraient libres de choisir leur forme de gouvernement &#8211; d&#232;s que le conflit mondial serait r&#233;gl&#233;. C'est dans ce contexte, avant que la guerre ne finisse, que De Gaulle trouvait utile de pr&#233;ciser la position de la France. Et de formuler au passage le programme du n&#233;o-colonialisme. Tout en finesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la France se r&#233;signait, apr&#232;s un demi-si&#232;cle de colonisation sauvage, &#224; envisager &lt;i&gt;&#171; lib&#233;ralement &#187;&lt;/i&gt; les &lt;i&gt;&#171; temps nouveaux &#187;&lt;/i&gt;, ce n'&#233;tait pas &#224; cause de la &lt;i&gt;Charte de l'Atlantique&lt;/i&gt;, bien s&#251;r, mais en raison de son &lt;i&gt;&#171; g&#233;nie immortel &#187;&lt;/i&gt; capable d'&#233;lever, &lt;i&gt;&#171; par degr&#233;s &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; les hommes vers les sommets de dignit&#233; et de fraternit&#233; o&#249;, quelque jour, tous pourront s'unir &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chef de la France libre ne pouvait, au passage, que rendre hommage &#224; ces &lt;i&gt;&#171; terres d'outre-mer &#187;&lt;/i&gt; o&#249;, &lt;i&gt;&#171; dans l'extr&#233;mit&#233; &#187;&lt;/i&gt; d'une &lt;i&gt;&#171; d&#233;faite provisoire &#187;&lt;/i&gt;, il avait trouv&#233; une &lt;i&gt;&#171; base de d&#233;part &#187;&lt;/i&gt; pour la lib&#233;ration de la France. Rappelons que c'est effectivement au Tchad que s'&#233;tait constitu&#233;e la fameuse division Leclerc qui devait entrer dans Paris huit mois plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi &#171; lib&#233;rale &#187; que soit l'intention apparente du discours, le fondateur de la nouvelle France appelait en fait &#224; l'institution d'une &lt;i&gt;&#171; Communaut&#233; &#187;&lt;/i&gt;, cens&#233;e &#233;tablir &lt;i&gt;&#171; un lien d&#233;finitif &#187;&lt;/i&gt; entre &lt;i&gt;&#171; la M&#233;tropole et l'Empire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, sensible &#224; l'esprit du temps, l'esprit de la R&#233;sistance au nom de laquelle il pouvait pr&#233;tendre repr&#233;senter la France de l'apr&#232;s-guerre, il avouait devoir c&#233;der &#224; la &lt;i&gt;&#171; volont&#233; ardente et pratique de renouveau &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il n'y aurait aucun progr&#232;s qui soit un progr&#232;s &#187;&lt;/i&gt;, disait-il, &lt;i&gt;&#171; si les hommes, sur leur terre natale, n'en profitaient pas moralement et mat&#233;riellement, s'ils ne pouvaient s'&#233;lever peu a peu jusqu'au niveau o&#249; ils seront capables de participer chez eux &#224; la gestion de leurs propres affaires &#187;&lt;/i&gt;. C'&#233;tait &#224; &lt;i&gt;&#171; la France de faire en sorte qu'il en soit ainsi &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cynisme de tels propos &#8211; leur racisme implicite &#8211;, est, r&#233;trospectivement, trop lourd &#224; soupeser. Jusqu'&#224; aujourd'hui, la France dont parlait de Gaulle aura &lt;i&gt;&#171; fait en sorte &#187;&lt;/i&gt; que tous les meilleurs gouvernants africains soient syst&#233;matiquement &#233;limin&#233;s s'ils ne se soumettaient au diktat n&#233;ocolonial, travaillant m&#233;thodiquement &#224; &#171; &#233;lever &#187; et &#8211; soutenir &#8211; le plus souvent des brutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'offrir une quelconque autod&#233;termination des peuples colonis&#233;s, le p&#232;re de la V&#232;me R&#233;publique appelait &#224; des &lt;i&gt;&#171; r&#233;formes imp&#233;riales de structure &#187;&lt;/i&gt; que &lt;i&gt;&#171; la nation fran&#231;aise &#187;&lt;/i&gt; d&#233;ciderait &lt;i&gt;&#171; dans sa souverainet&#233; &#187;&lt;/i&gt;, comme bon lui semblerait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'h&#233;sitant pas &#224; &lt;i&gt;&#171; entamer l'avenir &#187;&lt;/i&gt;, le G&#233;n&#233;ral fixait son objet &#224; la conf&#233;rence : &lt;i&gt;&#171; Vous &#233;tudierez ici, pour les soumettre au Gouvernement, quelles conditions morales, sociales, politiques, &#233;conomiques et autres vous paraissent pouvoir &#234;tre progressivement appliqu&#233;es dans chacun de nos territoires &#187;&lt;/i&gt;. Et l'objectif &#224; atteindre : que ces &lt;i&gt;&#171; territoires &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; s'int&#232;grent dans la communaut&#233; fran&#231;aise avec leur personnalit&#233;, leurs int&#233;r&#234;ts, leurs aspirations, leur avenir &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s &lt;strong&gt;1946&lt;/strong&gt;, Barth&#233;l&#233;my Boganda &#233;tait &#233;lu d&#233;put&#233; de l'Oubangui-Chari, ainsi que s'appelait encore ce qui deviendra la R&#233;publique centrafricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constamment r&#233;&#233;lu en d&#233;pit d'une farouche opposition du parti colonial, en &lt;strong&gt;1952&lt;/strong&gt; Boganda remporte tous les si&#232;ges de l'Oubangui-Chari, avec le Mouvement pour l'Evolution Sociale des Peuples d'Afrique Noire qu'il a fond&#233; en 1949.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1958&lt;/strong&gt;, Barth&#233;l&#233;my Boganda s'oppose au projet n&#233;o-colonial d'&#233;miettement de &lt;i&gt;&#171; l'empire &#187;&lt;/i&gt; en de petits pays destin&#233;s &#224; rester dans l'orbite de la &lt;i&gt;&#171; m&#233;tropole &#187;&lt;/i&gt;. Il recommande la cr&#233;ation des &lt;i&gt;&#201;tats-Unis d'Afrique Latine&lt;/i&gt;, une R&#233;publique ind&#233;pendante compos&#233;e des pays de l'Afrique Equatoriale Fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sident de la r&#233;publique centrafricaine, avec Abel Goumba comme Premier ministre, Barth&#233;l&#233;my Boganda mourra dans un tr&#232;s opportun accident d'avion, en mars 1959, d&#232;s avant la proclamation de l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son successeur naturel, Abel Goumba, sera vaincu aux &#233;lections par David Dacko, le candidat du parti fran&#231;ais, qui, en d&#233;cembre &lt;strong&gt;1960&lt;/strong&gt;, n'h&#233;sitera pas &#224; mettre Goumba en prison &#8211; et &#224; dissoudre le Mesan, le parti de Boganda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1963&lt;/strong&gt;, Dacko r&#233;instituera un parti du m&#234;me nom, unique et obligatoire &#8211; tous les citoyens devant y &lt;i&gt;&#171; adh&#233;rer &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;64&lt;/strong&gt;, fort de ces m&#233;thodes &lt;i&gt;&#171; d&#233;mocratiques &#187;&lt;/i&gt;, Dacko est &#171; r&#233;&#233;lu &#187; avec 99,99% des voix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces performances ne devaient pas suffire au parti n&#233;o-colonial qui semble avoir craint alors l'ouverture vis-&#224;-vis de la Chine mao&#239;ste tent&#233;e par Dacko. En &lt;strong&gt;1966&lt;/strong&gt;, pour &#233;viter que la R&#233;publique Centrafricaine ne tombe &lt;i&gt;&#171; aux mains des rouges &#187;&lt;/i&gt;, un sous-officier de l'arm&#233;e coloniale, ancien de la guerre d'Indochine, Jean-Bedel Bokassa, sera promu &#224; la t&#234;te du nouvel &#201;tat &#8211; dont il dissout aussit&#244;t la Constitution, conservant toutefois le r&#233;gime de parti unique instaur&#233; par Dacko. L'ambassade chinoise est ferm&#233;e dans le m&#234;me mouvement, Bokassa renon&#231;ant aux avantageux contrats d'assistance que son pr&#233;d&#233;cesseur avait eu l'audace de conclure avec Mao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;1979&lt;/strong&gt;, apr&#232;s s'&#234;tre proclam&#233; empereur &#224; l'image de Napol&#233;on, sa majest&#233; Bokassa 1er &#233;tait d&#233;pos&#233;e par Giscard. En ao&#251;t, alors que l'intervention militaire est d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233;e, le pr&#233;sident fran&#231;ais consulte son homologue s&#233;n&#233;galais, L&#233;opold Sedar Senghor, encore pr&#233;sident du S&#233;n&#233;gal mais pr&#233;f&#233;rant d&#233;j&#224; le s&#233;jour dans sa maison de Normandie. Qui mettre &#224; la place de Bokassa ? L'histoire mentionne un conseiller aux affaires africaines, probablement Ren&#233; Journiac, manager de l'Afrique en g&#233;n&#233;ral et du Centrafrique en particulier, celui qu'on pouvait appeler &lt;i&gt;&#171; le Foccart de Giscard &#187;&lt;/i&gt;, qui aurait d&#233;conseill&#233; le choix de Dacko.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux pr&#233;sidents en d&#233;cideront autrement. Ce serait Dacko. Cette d&#233;cision sera tranch&#233;e comme un d&#233;tail de derni&#232;re minute, alors que le fameux 11e r&#233;giment de parachutiste d'infanterie de Marine &#233;tait d&#233;j&#224; &#171; pr&#233;-positionn&#233; &#187; &#224; N'djamena, pr&#234;t &#224; intervenir. Quant &#224; David Dacko, il &#233;tait simplement d&#233;sign&#233; pr&#233;sident contre son gr&#233;, tremblant de peur &#224; l'id&#233;e que le coup ne marche pas, craignant d'avance la vengeance de Bokassa. Entre deux paras, on dit qu'il n'&#233;coutait m&#234;me plus les recommandations que Journiac lui assenait dans l'h&#233;licopt&#232;re qui le portait au pouvoir &#8211; permettant au passage de r&#233;tablir la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Giscard parti &#8211; Mitterrand et Guy Penne ayant remplac&#233; le tandem Giscard-Journiac, pour gouverner l'Afrique &#224; la mani&#232;re institu&#233;e par De Gaulle-Foccart &#8211;, Paris changeait &#224; nouveau de cheval et appuyait le coup d'&#201;tat du g&#233;n&#233;ral Kolingba, en septembre &lt;strong&gt;1981&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux c&#244;t&#233;s de Kolingba, c'est un colonel de la DGSE, Jean-Claude Mantion, qui exercera la r&#233;alit&#233; du pouvoir pendant presque treize ans. On doit &#224; celui-ci, en particulier, la r&#233;organisation de l'arm&#233;e sur le principe ethniste, ses cadres provenant tous de &lt;i&gt;&#171; l'ethnie pr&#233;sidentielle &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On fera de m&#234;me au Tchad, au Togo, au Gabon, au Cameroun, en d&#233;pit de l'absurdit&#233; de ce principe qui est une promesse de guerre civile d&#232;s qu'intervient un changement &#224; la t&#234;te de l'&#201;tat&#8230; Ainsi que le Centrafrique l'aura v&#233;rifi&#233; plus souvent qu'&#224; son tour, dans la valse des dictateurs-pions install&#233;s par &lt;i&gt;&#171; la M&#233;tropole &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de la &lt;i&gt;&#171; d&#233;mocratisation &#187;&lt;/i&gt; impos&#233;e par Mitterrand &#224; son discours de La Baule, en &lt;strong&gt;1990&lt;/strong&gt;, Kolingba sera finalement &#233;cart&#233;, au profit d'un autre candidat de la Fran&#231;afrique, Ange-F&#233;lix Patass&#233;, qui avait ant&#233;rieurement servi Bokassa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1996, l'arm&#233;e fran&#231;aise doit faire intervenir 1400 hommes pour maintenir le pouvoir ethniste de Patass&#233;. L'ann&#233;e suivante, il faudra appeler en renfort quasiment toute la Fran&#231;afrique , en mobilisant rien de moins que six pays &#8211; le Burkina Faso, le Tchad, le Gabon, le Mali, le S&#233;n&#233;gal et le Togo &#8211; pour sauver &#224; nouveau Patass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai &lt;strong&gt;2001&lt;/strong&gt;, &#224; l'occasion d'une premi&#232;re tentative de coup d'&#201;tat, la r&#233;pression ethniste &#8211; contre les Yakomas, ethnie d'origine de Kolingba &#8211;, atteindra des sommets. Celle-ci sera encadr&#233;e par le responsable de la s&#233;curit&#233; &lt;i&gt;&#171; anti-terroriste &#187;&lt;/i&gt; de Patass&#233;, l'officier fran&#231;ais Paul Barril &#8211; un &#171; sp&#233;cialiste &#187;, d&#233;j&#224; largement compromis au Rwanda. Avec l'aide d'Abdoulaye Miskine, Barril b&#233;n&#233;ficiera alors du renfort de la fran&#231;africaine arm&#233;e libyenne, ainsi que du milliardaire mobutiste Jean-Pierre Bemba et de ses milices sans foi ni loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &lt;strong&gt;2003&lt;/strong&gt;, le vent tournait &#224; nouveau, et le g&#233;n&#233;ral Boziz&#233; &#233;tait intronis&#233;, encore une fois avec l'aide de l'arm&#233;e fran&#231;aise &#8211; et l'appui du dictateur fran&#231;africain tchadien Idriss D&#233;by. Patass&#233; ne partira pas bien loin, au Togo. D&#232;s &lt;strong&gt;2004&lt;/strong&gt;, l'adjoint de Barril &#8211; et l'homme de main de Patass&#233; &#8211;, Abdoulaye Miskine, organisait l'instabilit&#233; dans le nord du pays &#8211; &#224; la fronti&#232;re tchadienne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce que &#231;a va durer longtemps, cette farce ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;MS&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Source : article publi&#233; en 2006 dans Etat d'urgence, quotidien du dimanche]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;QUE SE PASSE-T-IL AU CENTRAFRIQUE ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;par Michel Sitbon &#8901; lundi 1er mai 2006&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude Yabanda croit dans la d&#233;mocratie. Il le paye aujourd'hui [en mai 2006] dans une ge&#244;le obscure de Bangui. Et il vient s'ajouter &#224; &lt;i&gt;&#171; la longue liste &#187;&lt;/i&gt; de ceux qui auront &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s, pour &lt;i&gt;&#171; atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat &#187;&lt;/i&gt; &#8211; ainsi que l'on qualifie le simple fait d'&#234;tre opposant au r&#233;gime. Le g&#233;n&#233;ral Boziz&#233; est &lt;i&gt;&#171; en train de transformer la R&#233;publique centrafricaine en une grande prison &#224; ciel ouvert &#187;&lt;/i&gt; d&#233;nonce Centrafique presse. Apr&#232;s vingt ann&#233;es pass&#233;es en exil en France, un doctorat sp&#233;cialis&#233; en t&#233;l&#233;coms, une action militante au sein des Verts, une famille, une entreprise, Claude Yabanda a tout laiss&#233; pour retourner &#224; Bangui, en 2003, pour y appuyer le professeur Abel Goumba, devenu bri&#232;vement Premier ministre du g&#233;n&#233;ral putschiste Boziz&#233;. Depuis les origines de la d&#233;colonisation, Abel Goumba repr&#233;sentait une v&#233;ritable l&#233;gitimit&#233;, bafou&#233;e depuis bien longtemps. Boziz&#233; tentait alors de l&#233;gitimer son coup d'&#201;tat en appelant autour de lui &lt;i&gt;&#171; toutes les tendances politiques &#187;&lt;/i&gt;, ce qui pouvait sembler original dans un pays o&#249; les dictatures auront &#233;t&#233; plus souvent log&#233;es &#224; l'enseigne du parti unique. Abel Goumba, avec Claude Yabanda comme chef de cabinet, restera &#224; peine plus de huit mois Premier ministre. Il sera contraint d'accepter ensuite la charge symbolique de vice-pr&#233;sident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait encore trop : Boziz&#233; ne pouvait supporter la pr&#233;sence au Conseil des ministres du vieux sage, m&#234;me soumis. Il le d&#233;signera alors au poste de &#171; m&#233;diateur &#187; &#8211; o&#249; il n'est d'aucun secours, m&#234;me pour son ancien chef de cabinet, Claude Yabanda, incarc&#233;r&#233; depuis plus d'un mois &#224; l'heure o&#249; nous &#233;crivons, sans motif l&#233;gitime. [Il sera lib&#233;r&#233;, quelques mois plus tard, en novembre 2006. Ndlr] Claude aurait commis &lt;i&gt;&#171; l'erreur &#187;&lt;/i&gt; de critiquer jusqu'au chef du FPP, &#8211; son propre parti &#8211;, le professeur Goumba, lorsque celui-ci d&#233;signera son fils comme chef du parti le 12 mars dernier, au m&#233;pris de tout principe d&#233;mocratique. Que dit-on de Goumba ? &lt;i&gt;&#171; Il est vieux &#187;&lt;/i&gt; &#8211; plus de 80 ans &#8211; &lt;i&gt;&#171; et c'est probablement pour ses enfants, ses petits-enfants, qu'il aura renonc&#233; &#224; sa posture historique de leader de l'opposition, et accept&#233; d'&#234;tre faire-valoir du r&#233;gime de Boziz&#233; &#187;&lt;/i&gt;, sous entendu, pour leur laisser quelque chose &#8211; &#224; ses enfants. Le vieux combattant aura renonc&#233;, confirmant la phrase de Brecht, qui veut que seuls ceux qui luttent toute leur vie sont r&#233;ellement utiles &#224; l'esp&#233;rance humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claude, lui, fait partie de ces jeunes, &#233;tudiants et lyc&#233;ens qui, &#224; la surprise g&#233;n&#233;rale, se seront soulev&#233;s contre Bokassa, jadis, en 1979, provoquant sa chute. Des lyc&#233;ens qui croyaient dans la d&#233;mocratie, et parmi lesquels aujourd'hui, approchant de la cinquantaine, certains n'ont toujours pas renonc&#233;. Boziz&#233;, qui servait dans l'arm&#233;e de Bokassa charg&#233;e de r&#233;primer les lyc&#233;ens de 79, n'a pas chang&#233; de m&#233;thode. Il y a moins de deux mois, &#224; la mi-avril, d'autres jeunes gens sortaient dans la rue &#224; leur tour &#8211; les enfants de ceux qui ont manifest&#233; en 79 pourrait-on dire, issus des m&#234;mes lyc&#233;es que l'on appelle &lt;i&gt;&#171; les lyc&#233;es des martyrs &#187;&lt;/i&gt; en souvenir des nombreux morts que co&#251;ta alors la r&#233;pression. Lors de cette manifestation en soutien &#224; la gr&#232;ve de leurs ma&#238;tres qui r&#233;clamaient simplement d'&#234;tre pay&#233;s, des unit&#233;s de la police et de la gendarmerie ont dispers&#233; les lyc&#233;ens en faisant usage de grenades lacrymog&#232;nes &#8211; et en tirant &#224; balles r&#233;elles. On sait qu'il y eut des bless&#233;s, mais il n'y a pas de bilan de cette r&#233;pression-l&#224;&#8230; En juillet 2003, les r&#233;sultats des &#233;preuves du bac tardant &#224; &#234;tre publi&#233;es, les lyc&#233;ens manifestaient de m&#234;me : les hommes de Boziz&#233; tireront dans la foule d'aspirants bacheliers, faisant cette fois trois morts. G&#233;n&#233;ration rebelle ? En 2001 d&#233;j&#224;, les &#233;l&#232;ves des lyc&#233;es de Bangui protestaient &lt;i&gt;&#171; d'&#234;tre debouts &#187;&lt;/i&gt;, leurs salles de classes manquant de chaises et de tables...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment, fin janvier, mais loin de Bangui, &#224; l'extr&#234;me nord, &#224; Paoua, apr&#232;s une attaque d'insurg&#233;s, les forces gouvernementales, et en particulier des membres de la Garde r&#233;publicaine, s'en prenaient &#224; la population, tirant l&#224; encore sur les lyc&#233;ens &#8211; et sur des enfants. &lt;i&gt;&#171; Des gar&#231;ons &#226;g&#233;s d'une dizaine d'ann&#233;es &#224; peine auraient &#233;t&#233; tu&#233;s. &#187; &#171; Un grand nombre des personnes tu&#233;es &#224; Paoua et dans les environs seraient des lyc&#233;ens. Au moins 35 personnes auraient &#233;t&#233; tu&#233;es par les forces gouvernementales r&#233;guli&#232;res &#187; &lt;/i&gt; d&#233;non&#231;ait Amnesty international. Les associations de droits de l'homme centrafricaines &#233;voquaient une centaine morts, pas seulement des enfants, mais aussi des enseignants, des chefs de village, des paysans, et 1200 maisons br&#251;l&#233;es &lt;i&gt;&#171; par la s&#233;curit&#233; pr&#233;sidentielle &#187;&lt;/i&gt;, six mille personnes ayant d&#251; se r&#233;fugier &lt;i&gt;&#171; dans la brousse &#187;&lt;/i&gt;. Les r&#233;fugi&#233;s se comptent d&#233;j&#224; par dizaines de milliers. L'Onu estime de 50 &#224; 70 000, le nombre de personnes d&#233;plac&#233;es ayant besoin d'assistance. Depuis 2005, la ville de Gor&#233;, au sud du Tchad a vu arriver plus de vingt mille r&#233;fugi&#233;s centrafricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La situation s&#233;curitaire en R&#233;publique centrafricaine demeure pr&#233;caire depuis la fin du processus &#233;lectoral, en particulier dans les pr&#233;fectures de l'ouest et du nord-est du pays &#187;&lt;/i&gt; souligne un rapport du Secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral des Nations unis soumis au Conseil de s&#233;curit&#233; le 29 d&#233;cembre 2005. Si le &lt;i&gt;&#171; processus &#233;lectoral &#187;&lt;/i&gt; n'aura pas apport&#233; de d&#233;tente, il est &#224; noter que c'est depuis 2003 que le Haut commissariat aux r&#233;fugi&#233;s comptabilise 30 000 personnes dans les camps g&#233;r&#233;s par l'ONU au Tchad. Mais tout le monde s'accorde &#224; noter que depuis 2005, c'est-&#224;-dire depuis les &#233;lections plus que douteuses qui l'ont confirm&#233; au pouvoir, investi de cette pr&#233;tendue l&#233;gitimit&#233;, le g&#233;n&#233;ral Boziz&#233; aura nettement fait monter le degr&#233; de violence de ses sbires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui sont donc ces rebelles qu'affrontent les troupes de Boziz&#233; ? Un rapport de l'Union africaine, rendu public fin 2005, d&#233;crit des &lt;i&gt;&#171; bandes fortement arm&#233;es, souvent en tenue militaire, qui, en plus des exactions et des vols, auraient des revendications d'ordre politique et proc&#233;deraient &#224; des enr&#244;lements forc&#233;s &#187;&lt;/i&gt;. Selon ce m&#234;me rapport, ces groupes arm&#233;s &lt;i&gt;&#171; seraient compos&#233;s d'anciens membres de l'unit&#233; de la s&#233;curit&#233; pr&#233;sidentielle de l'ex-Pr&#233;sident Ange F&#233;lix Patass&#233; et de d&#233;mobilis&#233;s de l'ancienne r&#233;bellion de l'actuel chef de l'Etat &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aura remarqu&#233; que, d&#232;s octobre 2003, un g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais, le g&#233;n&#233;ral Jean-Pierre Perez, &#233;tait nomm&#233; &lt;i&gt;&#171; conseiller en mati&#232;re de d&#233;fense &#187;&lt;/i&gt; du pr&#233;sident Boziz&#233;. &lt;i&gt;&#171; La d&#233;signation du g&#233;n&#233;ral P&#233;rez s'est faite dans le cadre de la coop&#233;ration, &#231;a n'a rien &#224; voir avec le mercenariat &#187;&lt;/i&gt;, semblait avoir besoin de pr&#233;ciser alors une source diplomatique fran&#231;aise &#224; Bangui. &lt;i&gt;&#171; La premi&#232;re chose &#224; faire en RCA pour r&#233;tablir la situation, c'est de remettre &#224; un niveau satisfaisant la s&#233;curit&#233;, non seulement sur Bangui, mais sur l'ensemble du territoire centrafricain &#187;&lt;/i&gt;, d&#233;clarait pour sa part l'ambassadeur de France au Centrafrique lors de l'entr&#233;e en fonction du g&#233;n&#233;ral Perez. Suivant la m&#233;thode habituelle, les conseillers militaires fran&#231;africains concentrent leurs efforts sur la formation d'unit&#233;s &lt;i&gt;&#171; d'&#233;lite &#187;&lt;/i&gt;. L&#224; il serait question d'en former &lt;i&gt;&#171; trois &#187;&lt;/i&gt;. Il n'est pas s&#251;r que l'entretien, l'encadrement et la formation de bandes de tueurs soit le meilleur chemin pour garantir l'objectif proclam&#233; d'&lt;i&gt;&#171; un niveau de s&#233;curit&#233; satisfaisant sur l'ensemble du territoire &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paul Barril inculp&#233; de crimes contre l'humanit&#233;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ant&#233;rieurement, Patass&#233; n'avait pas proc&#233;d&#233; autrement, cette fois &#171; dans le cadre &#187; d'un contrat de &lt;i&gt;&#171; mercenariat &#187;&lt;/i&gt;, avec le bien connu Paul Barril. Charg&#233; de la s&#233;curit&#233; pr&#233;sidentielle, celui-ci se voyait m&#234;me bombard&#233; responsable de la lutte anti-terroriste &lt;i&gt;&#171; int&#233;rieure et ext&#233;rieure &#187;&lt;/i&gt; &#8211; on &#233;tait apr&#232;s le 11 septembre. En m&#234;me temps que ces fonctions de super-ministre de la &lt;i&gt;&#171; s&#233;curit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, Barril commercialisait des services de &lt;i&gt;&#171; gardiennage &#187;&lt;/i&gt; priv&#233; &#8211; pour arrondir ses fins de mois, peut-&#234;tre. L'adjoint de Barril, en ces sombres d&#233;buts de XXIe si&#232;cle, un certain Abdoulaye Miskine, aura gagn&#233; son brin de c&#233;l&#233;brit&#233; en semant la terreur, au moins autant que ses comp&#232;res de l'actuelle Brigade de s&#233;curit&#233; pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent ayant tourn&#233;, Boziz&#233; renversant Patass&#233;, cela leur vaut &#8211; &#224; Barril, &#224; Miskine comme &#224; leur commanditaire Patass&#233; &#8211;, d'&#234;tre poursuivis devant la Cour P&#233;nale Internationale. Un arr&#234;t de la cour de cassation de Bangui le confirmait le 11 avril 2006. L'acte d'accusation leur reproche d'avoir &lt;i&gt;&#171; volontairement donn&#233; la mort &#224; plusieurs individus avec pr&#233;m&#233;ditations, tortures et s&#233;vices, volontairement port&#233; des coups ayant entra&#238;n&#233;s la mort sans intention de la donner, d&#233;tenu et s&#233;questr&#233; plusieurs individus, recel&#233; des cadavres, pill&#233; et d&#233;truit des biens appartenant aux victimes en r&#233;union ou en bande &#187;&lt;/i&gt;. Patass&#233; est accus&#233; d'avoir fait venir des mercenaires de diverses nationalit&#233;s qu'il a plac&#233;s sous la direction de Paul Barril &#8211; nomm&#233; Directeur national de la lutte contre le terrorisme international. L'acte d'accusation mentionne &#233;galement une milice, &lt;i&gt;&#171; connue sous l'appellation de Soci&#233;t&#233; centrafricaine de protection et de surveillance (SCPS) &#187;&lt;/i&gt;, qui s&#233;vissait sous les ordres de Victor Ndoubabe et Paul Barril. Victor Ndoubabe, identifi&#233; par ailleurs comme le &lt;i&gt;&#171; chauffeur &#187;&lt;/i&gt; de Patass&#233;, est le quatri&#232;me de la liste d'accus&#233;s transmise &#224; la Cour P&#233;nale Internationale. Le cinqui&#232;me est plus connu : il s'agit de Jean-Pierre Bemba, fameux milliardaire et chef de milice za&#239;rois. Ses hommes seront particuli&#232;rement redout&#233;s &#224; Bangui cette ann&#233;e-l&#224;. Selon l'arr&#234;t de la cour de cassation centrafricaine, Bemba devrait au fait d'&#234;tre devenu entretemps vice-pr&#233;sident du Congo-ex-Za&#239;re de b&#233;n&#233;ficier d'une immunit&#233;. Les &#233;lections approchent au Congo &#8211; et le criminel fran&#231;africain craint de perdre sa pr&#233;cieuse immunit&#233;. [Et &#224; raison : Jean-Pierre Bemba sera arr&#234;t&#233; &#224; Bruxelles le 24 mai 2008, suite &#224; un mandat de la Cour p&#233;nale internationale, en raison d'accusations de crimes contre l'humanit&#233; commis lors des incursions de ses troupes en R&#233;publique centrafricaine pendant la p&#233;riode allant du 25 octobre 2002 au 15 mars 2003. Le 4 juillet, Bemba comparaissait une premi&#232;re fois devant les juges. Ses avocats n'ont pas demand&#233; la mise en libert&#233; provisoire de leur client, attendant d'&#234;tre en possession de toutes les pi&#232;ces transmises par les autorit&#233;s belges avant de se prononcer. L'audience de confirmation de charges doit se tenir le 4 novembre.] Propri&#233;taire de plusieurs cha&#238;nes de t&#233;l&#233;vision, il fait feu de tout bois pour alimenter autant que faire se peut son unique planche de salut politique : l'ethnisme &#224; outrance. [Mais ne parviendra pas pour autant &#224; s'imposer dans la joute &#233;lectorale congolaise.]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi que le remarque la FIDH, &lt;i&gt;&#171; l'ordonnance ne distingue pas la responsabilit&#233; p&#233;nale de Miskine de celle de Paul Barril &#187;&lt;/i&gt;. Et soutient : &lt;i&gt;&#171; &#192; la lumi&#232;re des pi&#232;ces du dossier&#8230; que pendant les &#233;v&#233;nements de 2002/2003 ils se sont rendus coupables de nombreuses ex&#233;cutions sommaires et autres infractions ; que les personnes estim&#233;es &#224; plusieurs centaines sont victimes des exactions commises &#187;&lt;/i&gt; par les deux inculp&#233;s. &lt;i&gt;&#171; L'ordonnance mentionne des fosses communes identifi&#233;es aussi bien &#224; Bangui que dans les villes de province, ainsi que des cas nombreux d'arrestations ill&#233;gales &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise la FIDH. Le pr&#233;sident de la F&#233;d&#233;ration Internationale des Droits de l'Homme, Sidiki Kaba, d&#233;non&#231;ait le &lt;i&gt;&#171; silence assourdissant &#187;&lt;/i&gt; du procureur de la Cour internationale, qui ne semble pas press&#233; de se saisir du dossier de l'officier fran&#231;ais. &lt;i&gt;&#171; Son inaction favorise le climat d'impunit&#233; &#187;&lt;/i&gt;, soulignait-il. Et &lt;i&gt;&#171; son intervention, attendue par les victimes, pourrait au contraire pr&#233;venir la r&#233;p&#233;tition de crimes les plus graves &#187;&lt;/i&gt;. Le 23 mai, le procureur de la Cour p&#233;nale internationale &#233;tait justement re&#231;u &#224; Paris par le ministre des Affaires &#233;trang&#232;res, Philippe Douste-Blazy, pour &#233;voquer nombre d'affaires en suspens, sur lesquelles &lt;i&gt;&#171; toute la lumi&#232;re &#187;&lt;/i&gt; devrait &#234;tre faite. Mais le dossier centrafricain n'&#233;tait pas mentionn&#233; dans le communiqu&#233; du Quai d'Orsay. S&#251;rement un oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le co-accus&#233; de Paul Barril, Abdoulaye Miskine est en passe de devenir encore plus fameux, depuis qu'il a pris la t&#234;te d'un mouvement &lt;i&gt;&#171; pour la destitution de Boziz&#233; &#187;&lt;/i&gt; &#8211; une de ces &lt;i&gt;&#171; bandes fortement arm&#233;es &#187;&lt;/i&gt; que signale le rapport de l'Union africaine. Le &lt;i&gt;&#171; g&#233;n&#233;ral Miskine &#187;&lt;/i&gt; faisait encore parler de lui, le 30 mai 2006, un communiqu&#233; parvenant &#224; la presse dans lequel il pouvait se vanter d'avoir eut la peau du chef de la police politique &#8211; la SERD, responsable, entre autres, de l'arrestation de Yabanda &#8211;, C&#233;lestin Dogo. Le corps sans t&#234;te de ce &lt;i&gt;&#171; tristement c&#233;l&#232;bre assassin &#224; la solde de Boziz&#233; &#187;&lt;/i&gt; aura &#233;t&#233; renvoy&#233; &#224; Bangui&#8230; Il semble que Dogo aura &#233;t&#233; victime de son enthousiasme. S&#251;r de sa capacit&#233; &#224; terroriser quiconque lui opposerait une quelconque opposition, il &#233;tait parti face &#224; la r&#233;bellion affirmant qu'il saurait reprendre en main les troupes tr&#232;s peu motiv&#233;es qui revenaient vers Bangui pour r&#233;clamer leur solde&#8230; La veille de la mort de son homme de main, Boziz&#233; faisait encore un discours, dans lequel il traitait de &lt;i&gt;&#171; peureux &#187;&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;&#171; fain&#233;ants &#187;&lt;/i&gt; ses propres soldats dont une cinquantaine, du Bataillon mixte d'intervention et d'appui &#8211; possiblement une de ces &lt;i&gt;&#171; unit&#233;s d'&#233;lites &#187;&lt;/i&gt; dont prend soin le g&#233;n&#233;ral Perez &#8211;, avaient quitt&#233; leur poste et avaient regagn&#233; la capitale centrafricaine pour y r&#233;clamer notamment leur solde &#8211; comme les professeurs des lyc&#233;es de Bangui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moins qu'on puisse observer, c'est que l'objectif proclam&#233; de la mission du g&#233;n&#233;ral Jean-Pierre Perez &#8211; la restructuration de l'arm&#233;e &#8211; aura bien mal &#233;t&#233; rempli. Comme on voit, un des probl&#232;mes principaux entretenus par la pitoyable dictature de Boziz&#233;, aura &#233;t&#233; la destructuration compl&#232;te de l'arm&#233;e. En plus de n'&#234;tre simplement pas pay&#233;e, l'arm&#233;e souffre surtout de l'ethnicisation syst&#233;matique de ses cadres &#8211; tous devant provenir du &#171; village du pr&#233;sident &#187; dans cette th&#233;orie, partout appliqu&#233;e, de l'organisation n&#233;o-coloniale fran&#231;aise. D&#232;s avant Boziz&#233;, Patass&#233;, &#8211; &#233;galement tr&#232;s entour&#233; de conseillers militaires fran&#231;ais comme on a vu &#8211;, avait institu&#233; le syst&#232;me qui veut que les officiers ayant b&#233;n&#233;fici&#233; d'une formation de qualit&#233; sont rel&#233;gu&#233;s dans des positions sans autorit&#233;, et remplac&#233; par des individus n'ayant que la vertu d'appartenir au village pr&#233;sidentiel. Avant Boziz&#233;, et avant Patass&#233;, il y a avait le g&#233;n&#233;ral Kolingba, dont le grand ma&#238;tre de la Fran&#231;afrique, Jacques Foccart, disait : &lt;i&gt;&#171; Il s'en sort bien. &#187;&lt;/i&gt; Au grand jeu des chaises tournantes que la Fran&#231;afrique a reserv&#233; &#224; la malheureuse R&#233;publique centrafricaine &#8211; &lt;i&gt;&#171; centre-&#224;-fric-haine &#187;&lt;/i&gt; selon le mot d'un opposant &#8211;, de s'&#234;tre maintenu plus de douze ans au pouvoir, ce n'&#233;tait pas si mal, aux yeux de celui qui restera comme le concepteur de cette sale fa&#231;on de faire de la politique. Dans l'esprit de Foccart, il &#233;tait tout &#224; fait clair que celui qui s'en &lt;i&gt;&#171; sortait bien &#187;&lt;/i&gt;, c'&#233;tait surtout le colonel de la DGSE, Jean-Claude Mantion, le proconsul qui gouvernera le Centrafrique dans l'ombre de Kolingba tout au long de ces ann&#233;es &#8211; ou ne faut-il pas plut&#244;t dire que c'&#233;tait le g&#233;n&#233;ral Kolingba qui &#233;tait dans l'ombre de Mantion ? C'est en tout cas &#224; eux que l'on doit d'avoir inaugur&#233; la politique d'ethnicisation syst&#233;matique de l'encadrement de l'arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les qualit&#233;s proprement militaires de l'arm&#233;e ne sont pas du meilleur niveau, il semble par contre que les m&#233;thodes rwandaises &#8211; qui constituent l'essentiel de ce que peut enseigner aujourd'hui l'arm&#233;e fran&#231;aise &#8211;, puissent encore faire leur effet. Le 11 mai, les organisations africaines de Droits de l'homme, r&#233;unies en Forum, n'auront pas manqu&#233; de souligner que &lt;i&gt;&#171; les violations des droits de l'homme persistent avec la particularit&#233; qu'elles sont commises par certains &#233;l&#233;ments des forces de d&#233;fense et de s&#233;curit&#233; appartenant au corps de l'arm&#233;e affect&#233; &#224; la s&#233;curit&#233; pr&#233;sidentielle, le bataillon pr&#233;sidentiel de s&#233;curit&#233; &#8220;BPS&#8221; qui b&#233;n&#233;ficient d'une totale impunit&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Faut-il souligner ici que les &#8220;conseils&#8221; du g&#233;n&#233;ral Perez et des deux cent militaires fran&#231;ais charg&#233;s, avec lui, de la restructuration des forces arm&#233;es, sont destin&#233;s en premier lieu&#8230; &#224; la formation du dit &lt;i&gt;&#171; bataillon pr&#233;sidentiel &#187;&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tout &#231;a pour quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Onu estime que, &lt;i&gt;&#171; contrairement &#224; de nombreux pays au sud du Sahara, la pauvret&#233; humaine s'est accentu&#233;e aux cours des dix derni&#232;res ann&#233;es &#187;&lt;/i&gt; en R&#233;publique centrafricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laissons le mot de la fin &#224; un commentateur centrafricain dont le diagnostic est on ne peut plus pr&#233;cis : &lt;i&gt;&#171; &#192; y regarder de plus pr&#232;s, ce sont bien les pratiques n&#233;ocoloniales fran&#231;aises qui plongent ces peuples dans la mis&#232;re en soutenant des dictatures maquill&#233;es ensuite en d&#233;mocratures et en instituant comme r&#233;gent du pr&#233; carr&#233; des crapules dont les arm&#233;es se fondent sur un pouvoir clanique dans la plus pure tradition coloniale. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Or les m&#233;dias fran&#231;ais, assujettis pour bon nombre au lobby militaro-industriel (80% de l'&#233;dition fran&#231;aise &#233;tant d&#233;tenue par des marchands d'armes), ne sont pas en mesure de penser cette face cach&#233;e de la politique africaine de la France et reprennent en &#233;cho le fameux discours n&#233;ocolonial &#224; l'&#233;gard des peuples africains. &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#171; Quant au syst&#232;me monarchique de la Ve R&#233;publique, il ne permet quasiment aucun contr&#244;le parlementaire de la politique africaine de la France. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;MS&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Source : article publi&#233; en 2006 dans Etat d'urgence, quotidien du dimanche, archiv&#233; sur le site du &lt;a href=&#034;http://www.cobaye.in/QUE-SE-PASSE-T-IL-AU-CENTRAFRIQUE&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Cobaye international&lt;/a&gt;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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